février 20, 2007
Review : les Guillemots à la Maroquinerie
Il y a sans doute un profond malentendu dans le succès des Guillemots : connus pour « Made-Up Song #43 » et « Annie, Let's Not Wait » – et à un degré moindre « Trains To Brazil » – soit des pop songs extrêmement catchy comme nous n'avons jamais su en faire de ce côté de la Manche, leurs réelles vélléités sont toutes autres. La preuve par l'exemple, hier soir, sur la scène de la Maroquinerie : Fyfe Dangerfield, le chanteur du groupe, avait troqué la guitare acoustique qui lui allait si bien dans leur merveilleux Concert A Emporter contre un gigantesque barda d'imposants synthétiseurs.

Et dès les premières notes du concert, le ton est donné: c'est à un véritable déluge sonore que l'on aura droit ce soir. Les Guillemots convoquent immédiatement les Flaming Lips, voire par moments un certain Aphex Twin, et tentent d'offrir une pop synthétique, baroque, dont la beauté et le spleen doivent pour émerger vaincre les artifices et les circonvolutions hoquetantes que le groupe lui impose.
[Dear Aristazabal, I'd like to be your upright bass]
Dommage, tant l'acoustique de la petite salle se prête mal à la superposition des cuivres et des plages de synthétiseurs mêlées à une guitare noisy et vibrante façon Pixies, la sobriété en moins. Dommage tant les Guillemots semblent avoir un sens du détail (au rayon instruments, on aura noté une énorme cloche, une machine à écrire, une poêle, deux perçeuses, un piano jouet, ...) qui ne passe pas dans ce cadre là.
[If I was your upright bass, would you dance with me like you danced last night ?]
Dommage aussi tant les Guillemots et leur chanteur savent souvent se montrer drôle entre deux morceaux pesants, en se lançant par exemple dans un morceau annoncé comme sexy : une sorte de pop song à la Justin Timberlake mais joué avec des vrais instruments et ponctué d'un refrain presque punk. Du Prince, le groove naturel en moins, malgré des lignes de contrebasse qui confinent à la perfection.
[And would you wear the same dress ?]
Dommage tant leurs chansons sont parfois saisissantes lorsqu'ils se laissent aller à un petit peu de retenue et/ou de simplicité pop. On a presque l'impression que ces musiciens, visiblement formés à très bonne école et maîtrisant leurs instruments sur le bout des doigts, ont honte de leurs mélodies trop simples et de leurs chansons trop accessibles. Dommage, donc.

En repartant, on regarde autour de soi et on découvre, perdu au milieu des habituels hipsters, les visages émerveillés de vieux fans de prog-rock. On s'est peut-être simplement trompé de concert, en fait.
Pictures by Lalla Ali











